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Jean-Marie Biwer, "Ciel Nr 3", 2008
Jean-Marie Biwer

D’après nature

D’après nature réunit un ensemble de peintures, de dessins et de gravures de Jean-Marie Biwer (né en 1957 à Dudelange). Réalisées au cours de ces quinze dernières années, ces oeuvres récentes témoignent de ses recherches sur le paysage, la nature et le quotidien.

Depuis quatre décennies, Jean-Marie Biwer poursuit une oeuvre picturale à travers laquelle s’exprime le regard attentif qu’il porte sur le monde : sur son environnement immédiat – la campagne ardennaise de la région de l’Oesling, dans le nord du Luxembourg, où il vit –, maisaussi sur la société contemporaine. Abordant des genres et des thèmes qui ont marqué l’histoire de l’art, comme le paysage, le corps ou les scènes du quotidien, son oeuvre est aussi traversée par un questionnement sur le rôle que peut jouer la peinture aujourd’hui, dans un monde étourdi par un vertige d’images et d’informations. En réponse à l’omniprésence des écrans et à l’accélération de nos rythmes de vie, il crée des peintures qui restituent l’intensité du moment présent et offrent un espace de contemplation.

D’après nature met en avant les différents motifs thématiques et picturaux qui parcourent sa pratique depuis 2005 : l’atelier, le quotidien, les arbres, le ciel, ou les saisons qui défilent sur les paysages qui l’entourent. « Ces choses sont là, indique l’artiste, il suffit de les regarder. Elles sont simples, mais, aujourd’hui, elles ont le pouvoir d’apporter énormément de choses aux gens. » L’exposition témoigne également des oscillations constantes du peintre entre préoccupations artisanales et conceptuelles, convergeant toutes vers un but commun : la recherche de la beauté.

Les premières oeuvres du parcours mettent en avant les liens que Jean-Marie Biwer tisse entre l’atelier, espace d’expérimentation, et le monde extérieur, lieu de contemplation. Placée en préambule à l’exposition, Atelier 2 (2007-2008) traduit la perméabilité que l’artiste entretient entre ces deux espaces :à travers les fenêtres, les reflets, les jeux d’ombre et de lumière, l’atelier et le paysage se confondent. Avec Squatting a Museum with Trees n°3 (2006-2007), c’est l’espace muséal lui-même qui s’ouvre au monde naturel, tandis que la peinture et l’ensemble de 16 dessins qui composent Atelier (2004-2005), issus de la collection du Mudam, explorent avec humour la relation entre l’art et la vie.

Au centre de l’exposition se situe A Wooden Sketchbook : un ensemble de 157 petites peintures sur bois, de format identique, que Jean-Marie Biwer a initié en 2005 et qu’il poursuit toujours aujourd’hui. Dans cet ensemble que l’artiste décrit comme un véritable « laboratoire de peinture », des scènes du quotidien, des éléments naturels, des figures humaines ou animales se mêlent à des mots ou des motifs abstraits. Fruit d’une observation faite dans le flux de la vie, chaque pièce est pensée comme un fragment et affirme un cadrage spécifique. Ensemble, elles déploient dans le temps et dans l’espace une « multiplicité de regards », en écho à la pluralité de directions et de styles qui, selon l’artiste, caractérise notre époque.

L’exposition met également en lumière le rôle que jouent les motifs liés au monde naturel dans l’oeuvre de l’artiste. Arbres, feuillages, ciels, pierres, paysages sont pour lui les supports d’une recherche picturale constante. L’artiste revient régulièrement sur un même motif, un même paysage, ou une même composition pour emmener sa peinture vers de nouveaux territoires. Plus que toute autre oeuvre, l’ensemble de neuf peintures Last Waltz (2017) témoigne de la nature expérimentale et la recherche de simplicité qui caractérisent souvent son approche picturale, jusqu’à parfois l’orienter vers une forme d’abstraction.

Cette orientation se retrouve dans trois oeuvres majeures réalisées entre 2008 et 2010, dans lesquelles la représentation de ciels parcourus par des branches d’arbre est le point de départ de compositions éthérées, spatiales, lumineuses. « J’ai essayé d’y exprimer la tentative d’attraper le bonheur, ou un instant de vie », indique l’artiste à propos de Ciel n°2 (2010). Dans Ciel n°3 (2008), l’espace représenté s’ouvre à d’autres dimensions : « Je peignais des branches en hiver, commente-t-il, et, tout d’un coup, ces branches me sont apparues comme les connexions dans un cerveau, comme des éléments rhizomiques reliés entre eux, ou comme la terre vue du ciel. »

Sont également présentées dans l’exposition plusieurs oeuvres réalisées en réponse à des commandes émanant d’institutions publiques, de collectionneurs ou de particuliers, qui constituent une facette importante du travail de l’artiste. Si elles découlent d’une approche plus conventionnelle du paysage, ces oeuvres de commande témoignent aussi de recherches sur la composition et l’espace. Les deux peintures représentant le village de Holler (Holler n°1 et n°2, 2016) résultent ainsi d’un véritable « casse-tête de composition », tandis que dans le Grand paysage (2015), créé pour la Ville de Troisvierges, s’incarne le « sentiment de grandeur absolue » que l’artiste souhaitait restituer.

Cette attention à exprimer la densité de l’espace naturel, nourrie par son expérience des paysages luxembourgeois, caractérise la production de Jean-Marie Biwer de ces dernières années. Dans Before the Flood (2016-1018), elle se conjugue avec une méditation sur la vie. « Le chien, indique l’artiste, représente l’insouciance de tout un chacun qui vaque à ses occupations. Et le ciel sombre qui semble annoncer un orage dit que tout est possible, à tout moment, dans la vie. »

OEuvre sur laquelle Jean-Marie Biwer a travaillé de manière discontinue durant deux ans et demi, Before the Flood est ici mise en dialogue avec un ensemble de 82 aquarelles produites en 2019, de manière plus spontanée, pour illustrer la traduction luxembourgeoise du Tao Te King, un texte classique chinois écrit, selon la tradition, au 6e siècle av. J.-C., et qui constitue l’un des piliers de la pensée chinoise. Malgré la distance historique et géographique qui les sépare, plusieurs thèmes qui sont abordés dans ce « texte universel »résonnent avec l’oeuvre de Jean-Marie Biwer, comme la relation de l’homme à la nature.

Crédits

Commissaire:
  • Christophe Gallois
    Assisté par Nelly Taravel

Scénographie:
  • Polaris Architects

Partenaires médias:
  • Luxemburger Wort, RTL Luxembourg